Quatre astuces tactiques à utiliser dès le tirage au sort

Rémi Bourrières

27 mars 2025

Dans ce nouvel opus de "Conseil aux compétiteurs", nous abordons une routine d'avant-match très souvent négligée, mais qui est pourtant peut-être plus importante qu'on ne le pense : le tirage au sort.

"Endroit ou envers ?" Éternelle question, éternel dilemme pour un rituel ancestral qu'on expédie le plus souvent comme une formalité d'usage. Certes, le tirage au sort a moins d'importance qu'au début de l'histoire du tennis, quand le changement de côté n'intervenait qu'à la fin de chaque set et qu'il y avait donc tout intérêt à débuter du bon.

Ce n'est plus vrai depuis longtemps, mais ce n'est pas pour autant que le toss (du verbe lancer ou jeter en anglais, comme on jette une pièce en l'air) mérite le dédain qu'on lui réserve le plus souvent. Parce que débuter au service ou au retour, d'un côté ou de l'autre, peut avoir une vraie influence sur le début du match, au moins sur le premier jeu, voire les deux ou trois premiers...

D'où l'intérêt de faire le bon choix, en sachant que quatre options s'offrent à vous :

1/ Le choix du service, ou du retour

2/ Le choix du côté

3/ Le choix de… laisser le choix à l'adversaire

4/ En cas de tirage perdu, le choix de l'option 1 ou 2 délaissée par l'adversaire

Nombre d'entre nous faisons ce choix au hasard ou sans réelle réflexion préalable, et c'est peut-être un tort. Car vous pouvez utiliser quelques astuces qui pourraient vous donner un petit avantage tactique ou psychologique sur votre adversaire.

1) Demandez à faire le tirage avant l'échauffement 

C'est écrit sur les textes de la FFT, le tirage au sort est bel et bien censé avoir lieu avant l'échauffement, comme le font les pros. Or, ce n'est curieusement jamais le cas chez les amateurs, où quasiment tout le monde procède au tirage après l'échauffement.

Quitte à passer pour un procédurier (mais personne n'en meurt), n'hésitez pas à demander voire imposer le tirage avant l'échauffement : vous êtes dans votre bon droit et surtout, cela vous donnera la garantie de vous échauffer du côté où vous débuterez le match. C'est d'ailleurs la raison d'être de cette règle. Pourquoi ne pas la respecter ?

Si le match est interrompu pendant l'échauffement, pas de problème : vous conservez le gain du tirage et c'est le seul cas de figure où vous aurez en outre le droit de changer d'avis, les conditions ayant pu changer entre-temps.

Quoi qu'il en soit, cette (mauvaise) habitude prise par les compétiteurs amateurs de faire le tirage après l'échauffement en renforce l'importance : car elle ouvre la possibilité de faire débuter le match à votre adversaire du côté où il ne s'est pas échauffé. Ce qui peut s'avérer difficile…

2) Si vous faites le tirage après l'échauffement, faites en sorte que votre adversaire serve en premier du côté où il ne s'est pas échauffé

Si vous procédez donc, comme 99% des joueurs amateurs, au tirage au sort après l'échauffement, ayez une astuce en tête : forcer votre adversaire à jouer son premier jeu de service du côté où il ne s'est pas échauffé, a fortiori s'il doit servir dès le premier jeu. Si tout va bien, vous allez breaker d'entrée et enchaîner derrière avec deux jeux du côté où vous, en revanche, vous vous êtes échauffé.

Partant de ce principe, c'est presque mieux de perdre le tirage : vous n'avez qu'à vous calquer sur le choix de votre adversaire (sauf cas rare où il décide de vous laisser le choix). S'il décide de servir, demandez à changer de côté. S'il choisit de garder son côté, prenez le service. S'il demande à changer de côté, optez pour le retour.

L'idée est simple : le service est peut-être le coup qui demande le temps d'adaptation le plus long, surtout si le match se joue en extérieur, sous le soleil ou dans le vent. Dans ces conditions-là, l'enjeu principal est plutôt celui du côté. Finalement, débuter au service ou au retour n'a pas tant d'importance, surtout chez les amateurs. Et même chez les pros, comme on va le voir.

© Christophe Guibbaud / FFT

Le tirage au sort se fait souvent à pile ou face, mais ensuite votre choix, lui, ne doit rien au hasard.

3) Ne pensez pas que choisir de servir, "ça fait pro"

Ne faites pas les innocents, on l'a déjà entendu. Certains joueurs choisissent systématiquement de servir en pensant dégager ainsi une certaine assurance, suivant une idée reçue selon laquelle les pros font majoritairement la même chose : servir à tout prix en premier, pour faire la course en tête.

En admettant que ce fût vrai à une époque, ça l'est moins aujourd'hui. On l'a vu à Miami, un tournoi largement soumis aux aléas climatiques : sur 25 matches masculins que nous avons passé en revue de manière aléatoire, 17 vainqueurs du toss ont choisi de recevoir.

Difficile de vous conseiller de choisir plutôt le service ou plutôt le retour. Tout cela dépend vraiment des habitudes, du style de jeu, des sensations du jour, des conditions météos et aussi, comme on l'a dit, du choix adverse. Mais si vous prenez le service, ne le faites pas juste parce que "ça fait pro". Ça n'est pas, ou plus, le cas.

Dans son best-seller "Winning Ugly", Brad Gilbert explique par exemple qu'il privilégiait le retour pour plusieurs raisons :  augmenter ses chances de breaker d'entrée ; montrer à l'adversaire que sa mise en jeu ne l'impressionnait pas ; se donner lui-même plus de temps pour se chauffer avant de servir ; disposer d'un premier jeu sans grande pression.

4) Ne négligez ni le choix du côté, ni le choix… de ne pas choisir

Outre le retour, il y a d'autres options à ne pas négliger. D'abord, le droit de choisir son côté car on a vu plus haut que celui-ci pouvait avoir un grand impact, surtout en extérieur. Or, une faible minorité de joueurs – y compris chez les professionnels - choisissent cette option, notamment quand ils ont gagné le tirage.

Quand ils l'ont perdu, en revanche, cela arrive un peu plus souvent. A Miami, parmi l'échantillon de matches analysés, nous avons vu par exemple Matteo Berrettini et Corentin Moutet le faire, alors qu'ils avaient perdu le toss face à respectivement Alex de Minaur et Alexander Blockx (lesquels avaient tous deux choisi de recevoir).

Mais l'option la moins utilisée, peut-être aussi parce qu'elle est la moins connue, reste le choix… de laisser le choix à l'adversaire. Cette option-là peut pourtant s'avérer judicieuse, notamment parce que c'est une façon de "perdre" le tirage, avec les avantages qu'on a vus. Mais surtout, parce qu'elle ne manquera pas de provoquer un effet de surprise chez l'adversaire.

N'ayez donc pas peur de passer pour un indécis, ou un original. C'est plutôt une stratégie. Là encore, vous êtes dans votre bon droit et si votre adversaire est déstabilisé, l'objectif est atteint, sans aucun manque de fair play.

© Clément Mahoudeau / FFT

Novak Djokovic et Karen Khachanov ont choisi le jeu "pierre, feuille, ciseaux" pour le toss, mais ensuite, leur choix est sûrement moins ludique, davantage tactique.